Discours du 9 avril 2010

Publié le par Amicale des anciens de Louis Liard

Monsieur le Maire de Falaise,

Monsieur le Proviseur,

Mesdames et messieurs les descendants de Louis Liard,

Mes chers collègues, mes chers anciens élèves et notamment ceux de 1PR02 qui ont réalisé l’exposition sur Louis Liard,

Mesdames et Messieurs,

Louis Liard a créé en 1884 l’amicale des anciens élèves que j’ai le plaisir de présider. Le nom de Louis Liard est important pour les anciens élèves que nous sommes et c’est naturellement que l’amicale s’est investie pour que l’illustre falaisien retrouve un buste au sein du lycée qui porte son nom.

En 1871, Louis Liard fait une conférence contre la peine de mort… J’ose espérer que ce n’est pas pour cela que cet esprit éclairé a eu la tête de sa statue décapitée.

C’est un acte de vandalisme. Et nous le dénonçons.

Depuis bientôt dix ans, l’amicale et la famille de Louis Liard ont mêlé leurs efforts pour que le lycée retrouve un buste. Celui-ci est une copie de l’œuvre de Paul Roussel dont un marbre se trouve à la Sorbonne. Il a été réalisé par un sculpteur normand, Monsieur Eric Théret.

Au nom de l’amicale, je voudrai remercier tous les donateurs, le Conseil Régional, la Mairie de Falaise et le Lycée Louis Liard pour l’aboutissement de ce projet.

Un buste de Louis Liard. Mais qui était Louis Liard ? Lorsque l’an dernier mes élèves avaient réalisé un micro-trottoir dans les rues de Falaise, ils ont pu constater que cet illustre personnage était un parfait inconnu pour les  falaisiens.

Pourtant, Louis Liard est né le 22 août 1846 à Falaise. Il est le fils de Jacques Liard qui était menuisier et constructeur de maison. Sa mère, veuve, alors qu’il avait cinq ans lui apporte une éducation d’une grande rigueur morale.

En septembre 1854 Louis Liard est inscrit au collège municipal de Falaise. A partir de 1856, il remporte tous les prix de chaque palmarès académique de sa « promotion ». Au printemps 1864, a lieu à Falaise, la Fête de l’Association Normande. Le recteur de l’Académie de Caen fait une visite au Collège. Il est harangué par un élève qui y termine ses études. C’est  Louis Liard. Cette rencontre influencera son avenir.

En octobre 1864, Louis Liard quitte Falaise pour faire des études de rhétorique et de philosophie au lycée Charlemagne à Paris puis il est admis à l’école Normale Supérieure, le 20 août 1866, classé cinquième parmi 30… En 1869, il est reçu premier à l’agrégation de philosophie et le 21 août 1869, Liard commence sa carrière universitaire comme professeur au Lycée de Mont-de-Marsan. Ses débuts sont marqués par de petits incidents qui permettent de se faire une idée des qualités de celui qui devait être appelé à occuper les plus hautes fonctions universitaires : En janvier 1870, il fonde un journal éphémère républicain : « Le Républicain Landais ». En mars 1870, il fait une conférence publique sur la peine de mort.  Il donne «un cour du soir pour les ouvriers » de la ville. Et « ce qui est le plus fâcheux, il ne salut pas le préfet. » C’est la fin du second empire et l’inspecteur d’académie de Bordeaux demande une mutation immédiate. L’année suivante, Louis Liard est muté au lycée de Poitiers.

Louis Liard est pressé d’accéder à l’enseignement supérieur. Le 9 Janvier 1874, Louis Liard soutient ses thèses de doctorat es lettres. Il est reçu et est nommé professeur de philosophie à la faculté des lettres de Bordeaux.

Les années que Louis Liard passe à Bordeaux, de 1874 à 1880 sont décisives pour sa vie. Il travaille en effet en deux endroits : à la faculté et à la mairie.

A la faculté, son nom reste attaché à l’organisation des conférences préparatoires à l’agrégation, à la création des Annales de la faculté de lettre et à la constitution du musée d’archéologie.

A la mairie, il est élu conseiller municipal de la ville de Bordeaux le 6 janvier 1878 et le 22 août 1878, il est nommé adjoint au maire et délégué du conseil municipal à l’instruction publique.

 

Puis, Louis Liard est nommé Recteur de l’Académie de Caen le 27 septembre 1880 par Jules Ferry alors ministre de l’Instruction publique. Il y reste jusqu’en 1884 mettant en action les qualités d’administrateur dont il a fait preuve à Bordeaux. A l’automne 1881 il fait une campagne en faveur de l’enseignement primaire et secondaire des filles et engage la construction de nouveaux bâtiments pour les Facultés de Caen.

Le 15 avril 1881, Louis Liard publie son livre le plus retentissant : « Descartes. »

Le 28 septembre 1884, Armand Fallières, ministre de l’instruction publique appelle Louis Liard à la tête de la direction de l’Enseignement supérieur à Paris. Pendant les dix-huit années qu’il passe rue de Grenelle, il travaille sans relâche à la création et à l’organisation des universités françaises. Son œuvre sera achevée par la loi du 16 juillet 1896 sur les Universités… qui perdurera jusqu’en 1968 !

Le 31 juillet 1885, Louis Liard revient à Falaise pour inaugurer « son » Collège tout récemment reconstruit grâce à ses efforts pendant qu’il était Recteur à Caen.

Le 25 avril 1888, le Président Carnot inaugure la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux en présence de Louis Liard.

En juillet 1888, Louis Liard assiste au Congrès International des Universités à Melbourne en Australie. Le 23 novembre 1896, Louis Liard est chevalier de la Légion d’Honneur et le 5 décembre 1896, Louis Liard est élu membre de la section de Morale de l’Académie des Sciences Morales et Politiques en remplacement de Jules Simon.

Le 26 septembre 1902 Louis Liard est nommé Vice-Recteur de l’Académie de Paris, et Directeur Honoraire de l’Enseignement supérieur. Il augmente le nombre des enseignements de la capitale et le nombre d’étudiants. Il permet la création de nombreuses bourses pour chercheurs et étudiants, la fondation de chaires nouvelles et la construction d’instituts et de bibliothèques. Il récoltera des dons pour financer l’université de Paris notamment de la Marquise Arconati-Visconti qui donne 1.100.000 francs en 1912 « par affection pour M. Liard ».

Le 12 mai 1905, Louis Liard est fêté à Falaise par l’Association des Anciens Elèves du Collège de Falaise, Association fondée par Louis Liard et quelques amis en 1884.

Le 28 juillet 1909, il est promu Grande-Croix de la Légion d’Honneur.

En 1914, lors de la déclaration de la guerre, Louis Liard est à Dinard ou il se repose pour rétablir sa santé fortement ébranlée par sa suractivité. Il rejoint aussitôt Paris ou il remplace le ministre de l’Instruction Publique qui est à Bordeaux avec les autres membres du gouvernement. Il assume ses fonctions jusqu’au retour du gouvernement à Paris. Il reprend alors son poste de recteur et face à l’énorme activité, sa santé décline pour surmenage et  il est admis à la retraite à partir de 1er octobre 1917 en étant désigné Vice-Recteur honoraire de l’Académie de Paris. Le 21 septembre 1917,  il  meurt à l’âge de 71 ans.

Le 20 décembre 1920, une souscription est lancée pour réaliser un monument dédié à Louis Liard. Le coût était de 7.000 francs. Les recettes de la souscription nationale sont de 37.000 francs… Pour notre buste, heureusement que nous avons eu l’appui des collectivités territoriales pour abonder notre souscription.

Le 4 mars 1921, le Conseil Municipal de Bordeaux décide de donner à l’une de ses rues le nom de Louis Liard. A Falaise, on baptise le collège « Collège Louis Liard » et le 9 octobre 1932 est inauguré un buste de Louis Liard dans le « Square Louis Liard » entre la gare et le château de la Fresnaye par Anatole de Monzie, ministre de l’Education Nationale. Ce buste en bronze sera donné à l’occupant nazi par l’Etat Français pendant la seconde guerre mondiale. Un autre buste a été réalisé par Augustin Lesieux lors de la reconstruction du lycée en 1953… Il trônait devant le lycée jusqu’au début des années 2000…

Pour conclure, je citerai ces mots de Monsieur William Bruneau, universitaire canadien qui a travaillé sur Louis Liard : « C’est difficile d’expliquer pourquoi et comment Liard n’est pas encore devenu le sujet de (plusieurs) études approfondies surtout en France. Car son activité est en même temps représentative d’une époque, d’une ascension social intéressante, d’un travail déterminé d’administrateur fin, intelligent (Liard fut un des meilleurs professeurs de philo de la fin du 19ème siècle, et c’est dire quelque chose) —et républicain jusqu’aux orteils — et d'autre part la cause immédiate d'une réforme fondamentale dans l'histoire de la société française contemporaine. Mais...c’est ainsi. Les biographies non seulement ne se multiplient pas; elles s’absentent. »

Jean-Christophe GAUCHARD, Président de l’Amicale des Anciens de Louis Liard

Le 9 avril 2010

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